Ce que RED PLANET, parlant de demain, nous dit d’aujourd’hui | Space’ibles Days 2023

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Ce que RED PLANET, parlant de demain, nous dit d’aujourd’hui | Space’ibles Days 2023
Deux ou trois choses que « RED PLANET », le film de Antony Hoffman, nous dit de notre présent… 

« Dis-moi quel film tu regardes, je te dirai quel avenir tu te prépares », parole de prospectiviste !

Avec

 



Une production le Comptoir Prospectiviste / FuturHebdo
pour Space’ibles.fr


Les analyses prospectives des films sur le site de Space’ibles


Réalisation : Antony Hoffman
Scénario : Jonathan LemkinChuck Pfarrer
Acteurs principaux :Val KilmerCarrie-Anne MossTom SizemoreSimon Baker 

Production/Distribution : The Canton Company, Mars Production Pty. Ltd., Warner Bros.
Durée : 106 min.
Année : 2000


 

Chronique d’analyse prospectiviste conçue en collaboration avec Space’ibles, l’Observatoire Français de Prospective Spatiale, initiative du CNES.

 

 


 

Sorti en l’an 2000, le film Planète rouge d’Antony Hoffman est un film d’anticipation, ce genre de science-fiction qui s’attache à la description d’un réel accessible, sans trop de lapins blancs sortis d’un chapeau de magicien. Planète Rouge nous rappelle aussi que la conquête de l’Espace est et restera une aventure humaine et, comme toute aventure humaine, cette conquête sera parsemée par des cahots et des accidents. Mieux que cela : au cours du film, tout ce qui est susceptible d’aller mal va mal tourner ! A croire que Mars porte la poisse… à moins qu’elle ne soit maudite, comme aurait pû le laisser croire, dans les années 90, les échecs de 5 missions automatiques sur les 7 envoyées au cours de cette même décennie ! 

Lorsque le film commence, une voix off se fait entendre. C’est celle de Kate Bowman, femme, militaire et commandante de la mission dont nous allons suivre les aventures avec son équipage de spécialistes civils et militaires, tous masculins. 

Pendant que nous assistons à l’embarquement de l’équipage à bord leur vaisseau interplanétaire Mars-1 — qui d’ailleurs donne aussi son nom à la mission —, Bowman nous explique qu’en 2057, pour la première fois, une mission humaine va être lancée à destination de la planète rouge.  En effet, sur la-bas, les capacités et l’expertise humaines sont désormais requises. Car l’humanité a de grandes ambitions sur Mars : face à son incapacité à atténuer son impact sur l’environnement terrestre — avec les conséquences que notre présent commence à expérimenter —, l’humanité compte sur Mars, à tort ou à raison, pour devenir son futur habitat. 

En vue de cette éventualité, des travaux de terraformation ont été lancés sur Mars afin de lui donner une atmosphère respirable par les humains. Un quart de siècle auparavant, la première étape a consisté à volatiliser la calotte glacière martienne à coup d’explosions nucléaires… Cette dernière est composée principalement de gaz carbonique à l’état solide. Or, sur Terre, on le sait bien : le CO2 dans l’atmosphère, c’est un très bon moyen de réchauffer globalement une planète… À la suite de quoi, des algues génétiquement modifiées ont été envoyées depuis la Terre sur Mars ; sûrement une souche améliorée des cyanobactéries qui, voilà 2,45 milliards d’années, ont doté la Terre de son oxygène. Toutes ces opérations ont été menées par des systèmes automatiques : inutile d’envoyer des humains sur Mars pour superviser des processus nécessairement très longs. Or, après plus de vingt années d’une augmentation lente mais continue du taux l’oxygène dans l’atmosphère de la planète rouge, celui-ci mystérieusement se met à diminuer… 

Après un voyage de six mois — durée tout à fait compatible avec une propulsion chimique telle qu’elle est suggerée par les images qui montre le vaisseau interplanetaire  quitter son port d’attache spatial —, Mars-1 arrive en vue de la planète rouge. Son équipage est en bonne forme, entre autres grâce aux deux anneaux qui leur procurent une gravité artificielle.  Mais, les choses tournent mal juste après l’insertion du vaisseau en orbite de leur destination : alors qu’ils se préparent à aller dîner sur le sol de Mars — au menu : des tomates fraîches cultivées automatiquement dans leur habitat martien, un délice qui avait été absent au cours des six mois de la traversée Terre-Mars —, le vaisseau est frappé par un phénomène solaire d’une très haute intensité. Si les images du film ne laissent aucun doute sur la violence du choc énergétique qui frappe le vaisseau. On est juste en droit de s’interroger sur le réalisme des étincelles et autres effets pyrotechniques tels qu’ils sont montrés. Cependant, ne l’oublions pas : nous sommes à Hollywood ! 

Le phénomène énergétique dont est victime Mars-1, lui, est tout à fait crédible. Il s’agit d’une éruption solaire, une violente perturbation à la surface même de notre étoile. Elle se manifeste d’abord par d´intenses rayonnements électromagnétiques, ce sont eux qui frappent le vaisseau (c’est une tempête solaire). Puis, éventuellement, viennent des flux de particules lourdes issues d’une violente éjection de matière depuis la couronne incandescente du soleil, appelée éjection de masse coronale (EMC). Ce deuxième choc se manifestant plusieurs heures après le premier… En effet, en plus de leur différente nature — onde électromagnétique vs particules à très haute vélocité —, il est important de noter que, dans l’Espace, leurs vitesses de propagation respectives diffèrent radicalement : si la tempête solaire — l’onde électromagnétique — se diffuse à la vitesse de la lumière (soit environ 13 minutes pour parcouir distance entre le soleil et  Mars), l’EMC prendra au moins 21 heures avant de toucher a planète rouge. 

Quand ils dépassent certaines intensités, ces phénomènes naturels pour notre soleil, peuvent avoir des conséquences catastrophiques pour le vivant et l’environnement technologique, que l’on soit sur Terre ou dans un vaisseau spatial. Les risques sont ceux liés à une exposition à de très hautes doses de rayons X avec les conséquences que l’on connaît : brûlures, risques de cancer, détérioration de l’ADN… Du côté des matériels, c’est la microélectronique,  l’informatique de bord et ses réseaux qui seraient les premières victimes de ces phénomènes hors normes. À cause des perturbations électromagnétiques, on verrait les composants informatiques, les mémoires et les processeurs griller les uns à la suite des autres. 

Heureusement pour lui, au moment de l’événement, le vaisseau Mars-1 est en orbite stable autour de la planète rouge. C’est à peine si l’équipage a le temps de se réfugier dans un abri, peut-être une cage de Faraday, ayant sûrement un rôle plus global en termes de survie : chute de pression, incendie… 

Si un tel phénomène venait à frapper la Terre, que l’on parle d’une tempête solaire ou d’une éjection de masse coronale, il aurait des conséquences néfastes pour tout ce qui, au moment du passage de la vague dévastatrice, ne se trouverait pas abrité du côté nuit de la Terre. Les premières victimes seraient les hommes et les femmes, à bord des stations spatiales, ainsi que les satellites en orbite de la Terre, du côté éclairé par le soleil. Viendraient ensuite les moyens de mobilité (aviation, trains…), les réseaux électriques et les moyens de communication ainsi que l’ensemble des installations humaines pilotées de près ou de loin par des matériels informatiques. On parlerait alors d’un black-out quasi planétaire.

Aux USA, comme en Europe, des études essaient d’anticiper ces d’évènements. Pour le moment, on ne peut que constater notre incapacité à sécuriser globalement la planète contre ce genre de catastrophe. De manière cynique, les humains, privés d’électricité, seraient condamnés à passer de longues soirées à admirer les magnifiques aurores boréales qui, du fait de l’intensité de ces événements énergétiques, ne manqueraient pas d’être visibles sous les latitudes les plus méridionales… Il y aurait bien aussi quelques écologistes extrémistes pour se réjouir du coup de frein donné aux activités humaines… mais c’est un autre débat… car il nous faut revenir sur Mars !

Ainsi, avec l’équipage du Mars-1, on va se diriger vers le sol de la planète rouge. Malheureusement pour les membres masculins de l’équipage — Kate Bowman, la commandante, a été obligée de rester à bord du vaisseau —, l’atterrisseur dans lequel ils ont pris place subit une nouvelle série de défaillances techniques. Les parachutes supersoniques déployés en commande manuelle, le pilote est aussi contraint de larguer l’atterrisseur. Le sol martien approchant encore à grande vitesse, le système d’atterrissage d’urgence se déclenche : une douzaine de ballons-amortisseurs se gonflent en quelques instants, protégeant ainsi les cinq humains du choc du contact avec le sol martien. La capsule roule en tout sens… puis elle semble se stabiliser quand se présente une falaise et la chute reprend de plus belle. Un ballon éclate. Les humains subissent des chocs de plus en plus violents… Quand, enfin, tout s’arrête. Enfin ! 

Malheureusement, l’un des astronautes sort de la capsule mortellement blessé… Plus tard, l’habitat martien qui doit accueillir l’équipage est découvert complètement détruit… Et, le robot qui est censé accompagner l’exploration humaine de Mars se retourne contre eux : endommagé, il applique une stratégie de guérilla qui traîne dans les pas de son programme à l’origine militaire… Arrêtez, la coupe est pleine ! 

Après cette litanie de catastrophes, une seule bonne nouvelle : contre toute attente, l’atmosphère martienne s’avère respirable. Ténue mais respirable. 

Ce rebondissement est des plus étonnants, sachant que, aujourd’hui, l’atmosphère martienne, composée principalement de gaz carbonique à une pression de 6 hPa, soit cent-soixante-dix fois moins que la pression atmosphérique terrestre — environ 1000 hPa au niveau de la mer. Donc, dans le film, si l’atmosphère martienne permet de maintenir en vie notre équipage humain, deux options se présentent.

La première indique que nos martiens malgré eux bénéficieraient d’une atmosphère miraculeuse et similaire à celle de notre planète, avec grossièrement ses 20 % d’oxygène et 80 % d’azote et avec une pression d’au moins de 350 hPa. Sur Terre, on trouve ces pressions sur les sommets les plus hauts de l’Himalaya, au-delà de 8 000 m, dans la zone de la mort. Là, seuls les alpinistes et les sherpas les plus aguerris peuvent survivre. Cependant, cette hypothèse se heurterait à la complexité de la fabrication de cette atmosphère miraculeuse : produire, en deux décennies et avec des cyanobactéries génétiquement modifiées, quatre fois plus d’azote que d’oxygène et augmenter globalement la pression atmosphérique de Mars d’un facteur 60, depuis les actuels 6 hPa jusqu’aux supposés 350 ! 

Non… trop compliqué.

Une autre option se présente. Elle est simple et a même déjà été utilisée à bord des capsules des missions Apollo. Là, les astronautes américains respiraient un air composé à 100 % d’oxygène mais à un tiers de la pression atmosphérique terrestre habituelle. Sous cette pression équivalente à celle d’une altitude de 8 300 m, ils respiraient donc une atmosphère ténue mais finalement plus riche en oxygène que l’atmosphère terrestre au niveau de la mer. Donc, dans notre film, les cyanobactéries n’auraient eu à produire que de l’oxygène, ce que naturellement elles savent très bien faire, et ce, jusqu’à une pression de seulement 100 hPa : cette pression atmosphérique très faible offrirait aux humains une concentration en oxygène équivalente, sur Terre, à une altitude d’environ 5 000 m, condition inconfortable pour nos astronautes, mais gérable. Il faut cependant préciser qu’augmenter la pression atmosphérique d’une planète d’un facteur 17 — de 6 à 100 hPa — cela reste tout de même une sacrée entreprise ! 

Ce dernier écueil passé, le reste du film est une épopée survivaliste saupoudrée de résonances philosophiques, voire spirituelles, à l’image des interrogations de Chantilas, le responsable de l’équipe scientifique et philosophe de bord : l’Humain ne ferait-il pas trop confiance aux technologies qui l’accompagnent ? Elles lui sont nécessaires, mais sont-elles suffisantes à l’exploration spatiale ? Tout au long du film, les capteurs, le robot et son IA, le vaisseau, les outils de navigation, la base automatique mettent en péril les protagonistes du fait de leurs défaillances respectives. Il ne reste aux humains alors que bon sens, système D, solidarité et détermination — ainsi qu’un atterrisseur russe vieux de 50 ans — pour survivre. Planète Rouge se teinte ainsi d’une critique à peine voilée du « tout technologique » et peut-être celle d’une politique d’exploration spatiale automatisée, majoritairement robotique. Est-ce un appel au profit d’une exploration humaine de l’Espace ?

Reste encore à évoquer le vrai scoop du film : la vie complexe, multicellulaire, existe sur Mars ! « Où il y a de l’eau et de l’air — sous-entendu de l’oxygène — il y a la vie ! » C’est ainsi que Burchenal, le bioingénieur de la mission Mars-1, résume cette étonnante decouverte. Alors que sont ce qui nous est présenté comme des insectes extraterrestres ? Seraient-ils des bestioles qui auraient trouvé le moyen de survivre sur une Mars aride, sur des milliards d’années, depuis qu’elle a perdu son atmosphère et son eau liquide ? Pas vraiment possible. A moins qu’ils ne soient une forme de vie dormante qui a attendu — pendant des milliards d’années — que les conditions de vie s’améliorent sur Mars ? Peut-être, bien que peu probable. Sont-ils des mutants issus des formes de vie importées depuis la Terre ? Pourquoi pas… Cependant, il n’y a pas de bonne réponse. Ne l’oublions pas : Planète rouge est une fiction ! 

Cependant, dans notre présent, la recherche de la vie au-delà de la géosphère terrestre fait bien parler d’elle, auprès du grand public, dans les médias et dans les milieux scientifiques. L’exobiologie n’est-elle pas une branche de la biologie qui, dans une démarche interdisciplinaire, étudie les facteurs et processus pouvant aboutir à l’apparition de la vie ? 

Chercher la vie au-delà de la géosphère ? D’accord, mais cela ne doit pas masquer l’étonnement qui provient de l’exploration des milieux terrestres arides et réputés pour être inféconds : elle ne cesse de livrer à l’observation des chercheurs les formes de vie les plus extrêmes, du fond des abysses aux plus hautes atmosphères, des déserts les plus chauds aux grottes les plus sombres. N’a-t-on pas trouvé sur Terre des bactéries dans le manteau terrestre à plus de 2500 m de profondeur ? 

Ainsi, effectivement, partout : la vie ! Alors pourquoi pas ailleurs ? Sur Europe, une des lunes de Jupiter ou sur Encelade, en orbite de Saturne ? L’une et l’autre sont de bonnes candidates pour abriter la vie. Maintenus à l’état liquide grâce à la chaleur issue des forces de marée que leur font subir les géantes autour desquelles elles orbitent, et protégés du vide spatial par des couches de glace épaisses en kilomètres, leurs océans pourraient s’avérer être des environnements propices à l’apparition et au maintien de formes de vie extraterrestre. La recherche de cette vie étrangère à la Terre est sûrement une bien belle aventure à mener. Et, pas la peine d’attendre que notre planète soit au bord de l’asphyxie pour l’entamer ! D’ailleurs, les connaissances acquises au cours de ces recherches pourraient bien s’avérer bien utiles à nos activités terrestres. On parle bien de la vie dans les deux cas ! Non ?

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